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Solutions moutons: Une entrevue avec le Dr Andrew Peregrine

Centre d'agriculture biologique du Canada

Researcher Andrew Peregrine
Andrew Peregrine

Il y a six ans, le Dr Andrew Peregrine, un vétérinaire né en Angleterre qui enseigne au Collège vétérinaire de l’Ontario, a été surpris de constater que le compte d’œufs des parasites internes était souvent moins élevé dans les bergeries biologiques que dans les bergeries conventionnelles. Son esprit inquisiteur l’a incité à approfondir le sujet.

Au Canada, les marchés en croissance de l’agneau et du lait de brebis, stimulés en partie par l’expansion des communautés immigrantes, ont permis le développement d’une industrie pour satisfaire la demande. Les producteurs biologiques ont donc besoin d’outils de gestion efficaces pour faire face à l’un des obstacles majeurs à la production : l’infection par les parasites gastro-intestinaux qui ralentissent la croissance et affectent la santé des moutons.

Les agriculteurs biologiques cherchent à maintenir des taux d’infection peu élevés dans leurs troupeaux sans utiliser de vermifuges chimiques. L’objectif est de gérer le fardeau parasitaire de façon à minimiser les niveaux de parasites tant chez l’animal que dans les pâturages. Cependant, si la santé ou le bien-être d’un animal sont compromis, les producteurs biologiques peuvent traiter les individus dont l’infection parasitaire a été diagnostiquée. L’ensemble du troupeau ne peut être traité par mesure préventive et tout traitement doit être  bien documenté.

« La plupart des agriculteurs biologiques ont appris comment gérer les parasites sans recourir aux médicaments. Ça ne signifie pas qu’ils n’ont jamais de problèmes, mais ils adoptent généralement des stratégies de contrôle qui ont un impact hautement significatif sur le fardeau parasitaire. »

Ce faisant, ils contournent l’un des problèmes les plus critiques des bergeries conventionnelles : le développement de la résistance aux médicaments. En fait, les stratégies de gestion utilisées par les agriculteurs biologiques sont maintenant implantées sur les fermes non biologiques qui font face au problème de la résistance aux vermifuges.

La densité de logement est typiquement moins élevée sur les fermes biologiques, ce qui contribue à amoindrir le fardeau parasitaire. Mais le maintien d’un faible compte d’œufs en saison de pâturage requiert une surveillance régulière de l’état des moutons et des résultats du compte d’œufs.

« Les parasites sont présents sur toutes les fermes,” commente Peregrine, « mais d’une ferme à l’autre,  il y a une grande variation du fardeau parasitaire qui est principalement due aux pratiques de gestion adoptées sur ces fermes. »

Dans une étude entreprise il y a 6 ans, Peregrine et ses collègues ont observé au printemps une hausse significative du compte d’œufs des parasites. Cette hausse, qui correspond au temps de l’agnelage et est aussi appelée hausse périnatale du compte d’œufs, entraîne une contamination parasitaire élevée des pâturages où paissent les agneaux et le déclin de la condition des brebis. Toutefois, plusieurs éleveurs pratiquent l’agnelage accéléré, soit trois périodes de mise bas sur une période de deux ans. Peregrine se demandait s’il y aurait encore un lien entre l’agnelage et le fardeau parasitaire si la mise bas survenait en automne ou en hiver plutôt qu’au printemps.

Pour mieux comprendre le cycle de vie des parasites et leur infectiosité, Peregrine et son équipe ont soumis un projet de recherche dans le cadre de la Grappe scientifique biologique. Le projet consiste à observer annuellement le compte d’œufs sur les fermes qui pratiquent l’agnelage accéléré sans utilisation de vermifuges et à examiner la capacité de ces parasites de survivre à l’hiver dans les pâturages. 

Researcher Laura Falzon
Laura Falzon

Dans l’ensemble, les résultats montrent une hausse du compte d’œufs au cours des trois saisons d’agnelage, avec les taux les plus élevés en périodes de gestation et de lactation, et avec des variations saisonnières de l’importance de l’infection. Les comptes d’œufs étaient relativement bas en hiver et au printemps, avec une hausse observée pendant la période de gestation, particulièrement après la mise bas et en cours de lactation. À l’automne, les brebis hautement infectées après avoir passé l’été dans les pacages excrètent beaucoup d’œufs, ce qui produit un compte d’œufs au niveau le plus élevé à la fin de la période de gestation, lequel diminue après la lactation, car les températures froides ralentissent la maturation des œufs vers l’état de parasites infectieux dans les pâturages.

Peregrine observe qu’il est normal d’observer une plus grande pathogénicité lorsqu’il y a une hausse printanière du compte d’œufs, mais même si l’excrétion des œufs est moins prononcée et que les animaux sont à l’intérieur pendant l’automne et l’hiver, les parasites peuvent encore avoir un impact substantiel sur la santé.

Dans un autre volet de l’étude, la Dre Linda Falzon a examiné l’hivernage dans les pâturages d’un parasite nuisible connu qui se nourrit de sang, Haemonchus contortus. La bonne nouvelle : ce parasite ne survit pas très bien sous les conditions hivernales canadiennes; il y a donc de faibles fardeaux de ce parasite lorsque les moutons commencent à paître au printemps. L’impact potentiel d’un changement climatique demeure inconnu, mais Peregrine commente, « La vie des agriculteurs biologiques deviendra certainement plus problématique si Haemonchus survit l’hiver. Il sera alors extrêmement important, particulièrement pour l’industrie biologique, de surveiller comment ces parasites survivent. » Les étés chauds et humides peuvent aussi engendrer de fortes hausses très rapides des populations de parasites.

Peregrine espère faire à nouveau cette étude dans cinq ans, pour observer l’impact du changement climatique sur la survie des parasites. D’ici là, il poursuit d’autres études et occupe ses temps libres en jouant au squash et au hockey; il a chaussé les patins lorsqu’il a immigré au Canada il y a quinzaine d’années.  Fidèle à son intérêt à l’égard de la race ovine, Falzon aime relaxer en tricotant des chandails de laine. Ensemble, ils font partie d’une équipe multidisciplinaire qui est très efficace pour résoudre les complexes problèmes épidémiologiques.


Cet article a été rédigé par Nicole Boudreau, Fédération biologique du Canada, pour le CABC grâce au soutien financier de la Grappe scientifique biologique du Canada (une partie de l’Initiative de grappes agro-scientifiques canadiennes du Cadre stratégique Cultivons l’avenir d’Agriculture et agroalimentaire Canada. La Grappe scientifique biologique est le fruit du travail de coopération accompli conjointement par le CABC, la Fédération biologique du Canada et les partenaires de l’industrie.


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Affiché en janvier 2013

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