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Établir un insectarium: utiliser les fleurs pour attirer les insectes bénéfiques

Centre d'agriculture biologique du Canada

Sur les fermes biologiques, plusieurs êtres vivants vivent à même les plantes et dans le sol. Quelques-uns sont des organismes nuisibles, mais la plupart sont des organismes bénéfiques qui contrôlent les ravageurs, améliorent le sol et pollinisent les cultures. Il serait utile de considérer les insectes bénéfiques comme des animaux d’élevage qui ont besoin de nourriture, d’abri et d’eau.

Tout comme les producteurs laitiers biologiques nourrissent des génisses et des vaches taries, non seulement celles qui produisent du lait, les insectes bénéfiques ont besoin de nourriture tout au long de la saison de croissance, pas seulement lorsqu’ils sont utiles au fermier. Par exemple, si vous voulez que les insectes bénéfiques pollinisent les courges, vous avez besoin de plantes à fleurs avant et après pour soutenir les pollinisateurs. De même, si vous voulez que les larves de coccinelles dévorent les larves du doryphore de la pomme de terre, les générations précédentes de coccinelles ont besoin de nourriture. Les chénopodes blancs, par exemple, attirent les pucerons tôt en saison et peuvent procurer de la nourriture à la première génération de coccinelles. Il importera de couper les mauvaises herbes avant la maturation des pucerons afin d’éviter une infestation de pucerons.

Le nectar des fleurs procure aux adultes parasitoïdes et aux éristales l’énergie pour faire leur travail sur la ferme. Lorsque les fleurs croissent dans un champ, les parasitoïdes vivent souvent plus longtemps, voyagent sur de plus longues distances et parasitent davantage les nuisibles qu’en l’absence de fleurs à proximité immédiate.

Les organismes bénéfiques incluent:
Parasitoïdes, qui paralysent les œufs, cocons, larves et organismes d’autres insectes. Ils incluent par exemple les tachinaires et les guêpes Trichogramma et ichneumonidae (qui ne piquent pas les humains). La plupart des adultes parasitoïdes se nourrissent de nectar et de pollen.
Prédateurs, qui s’attaquent aux nuisibles. Ils incluent plusieurs coléoptères (p.ex. les carabes, staphylins et coccinelles), les chrysopes, éristales, araignées, acariens et oiseaux prédateurs.
Les pollinisateurs, qui sont nécessaires pour polliniser les cultures, particulièrement les cultures de pommes, bleuets, canneberges, fraises et cucurbitacées (courge, melon, concombre).  Ils incluent les abeilles, guêpes, papillons, papillons nocturnes et les mouches (particulièrement les syrphes et les éristales).

Les chercheurs de la Grappe scientifique biologique, un projet du Centre d’agriculture biologique du Canada, étudient comment les bandes de fleurs influent sur les nuisibles et les insectes bénéfiques. Dans cet article, nous nous pencherons sur la création d’un insectarium – soit les plantes qui soutiennent les insectes bénéfiques.

Aménagement
On peut facilement fournir des habitats aux insectes bénéfiques en laissant les mauvaises herbes ou des bandes de plantes d’insectarium au bord des champs. En général, plus le champ est petit, plus ce procédé est efficace. Dans certains cas, le périmètre peut inclure des arbres et des buissons.

Une autre option consiste à créer des bandes ou parcelles d’insectarium à l’intérieur du champ. En plantant des bandes d’insectarium d’un bout à l’autre du champ (p.ex. à chaque 50-100 m), les insectes bénéfiques peuvent se déplacer le long de ces « autoroutes habitables » et se disperser dans les champs. À titre d’exemple, plus de pucerons seront tués par les éristales dans les champs de chou où sont disposées des bandes de phacélie et de sarrasin, et dans les champs de betterave à sucre incluant des bandes de phacélie.

Les bandes plus larges et reliées sont plus efficaces que des petites parcelles isolées. Dans les champs de blé, le taux de parasitisme de l’éristale sur les pucerons était le plus élevé près des fleurs et déclinait avec la distance.  Aucun parasitisme n’a été relevé à 14 m ou plus des fleurs (Tylianakis et al 2004).

Les plantes d’insectarium peuvent croître comme paillis vivant autour des cultures. Pour réduire la concurrence avec la culture, ensemencez en sursemis le paillis vivant une fois que la culture est bien établie. Par exemple, planter en sursemis le seigle d’automne dans des plants repiqués de laitue procure un habitat pour les organismes bénéfiques tels que les carabes ou staphylins au cours de l’hiver. Aussi, pour les fruits des vergers et arbustes fruitiers, des aires sauvages et/ou des cultures-abris entre les arbres réduisent souvent les problèmes causés par les nuisibles. 

Dans la gestion de vos cultures, vous pouvez utiliser les cultures qui soutiendront les insectes bénéfiques. Les feuilles de moutarde et les tiges adventices de brocoli non récoltées fleuriront tard en automne (lorsque peu de plantes fleurissent) et fourniront le nectar si nécessaire aux pollinisateurs, parasitoïdes et éristales. Pareillement, au Massachusetts, au moins vingt espèces de parasitoïdes se nourrissent des féveroles à petits grains qui fleurissent en octobre.

Vous pouvez aussi laisser du persil au champ en automne. L’été suivant, il fleurira et procurera un habitat aux guêpes parasites. Des bandes de céréales pourront également être utilisées comme cultures-abris pour les éristales qui préfèrent les endroits protégés du vent.

Choisir les plantes  
Considérez les aspects suivants lorsque vous faites la sélection des mauvaises herbes, fleurs et cultures-abris.

  • Est-ce que la plante procure un habitat aux insectes bénéfiques? Les plantes devraient procurer un abri et/ou des aliments (p.ex. pollen, nectar, proie).
  • Est-ce que la plante attire les nuisibles? Les plantes d’un insectarium peuvent abriter des nuisibles tout autant que les insectes bénéfiques. Par exemple, les dommages causés par la mouche de la carotte sont plus importants lorsque la carotte sauvage croît autour du champ. Par la recherche et les observations, vous pouvez découvrir quelles plantes abritent les nuisibles et à quel moment. Parfois vous pouvez utiliser des plantes comme culture-appât. Une fois qu’elles sont infestées, détruisez-les.
  • Est-ce que la plante est envahissante? Soyez prudent afin de prévenir les problèmes de mauvaises herbes.
  • Est-ce que cette plante s’insère bien dans votre rotation de cultures? Faites le choix entre cultures pérennes et annuelles et incorporez l’insectarium dans votre rotation de cultures. N’exacerbez pas vos problèmes de nuisibles en plantant deux années de suite des cultures apparentées, telles le radis oléagineux et le chou. D’autre part, le sarrasin et la phacélie sont des plantes d’insectarium non apparentées aux autres cultures.
  • Est-ce que la plante offre plus d’un avantage? Choisissez des plantes qui vous aideront de diverses façons. Les bandes hautes, par exemple, peuvent engendrer des microclimats ombragés ou protégés pour les cultures avoisinantes. Les fleurs coupées peuvent être vendues aux marchés fermiers.

Le sarrasin soutient les pollinisateurs et les insectes bénéfiques. C’est un hôte particulièrement efficace pour les éristales (qui pollinisent les cultures et dont les larves sont de voraces prédatrices des pucerons). Le sarrasin peut aussi ameublir le sol compact, contrôler les mauvaises herbes et rendre le phosphore plus accessible aux autres cultures.

  • Est-ce que ça convient à votre système de gestion? Évaluez le temps et l’argent nécessaires pour établir la culture. Les mauvaises herbes sont gratuites, mais elles peuvent avoir besoin d’être contrôlées. Cependant, les plantes sauvages peuvent être plus faciles à entretenir que les fleurs ornementales.

En comparant les coûts des semences, tenez compte de la densité de semis. Les semences de maintes cultures à petites graines (p.ex. le trèfle rampant) sont très dispendieuses mais leur densité de semis est peu élevée. Par conséquent, le coût par mètre carré peut être similaire à celui de semences moins dispendieuses dont la densité de semis est élevée. Il importe d’éviter l’utilisation de pesticides, incluant les pesticides biologiques à large spectre telle la roténone, qui peuvent nuire aux insectes bénéfiques.

  • Pouvez-vous cultiver un mélange de plantes? Une combinaison de plantes soutient souvent plus d’insectes bénéfiques. Les fleurs dont les ouvertures sont peu profondes, notamment celles de la carotte sauvage, conviennent très bien aux guêpes parasites dont les organes buccaux sont petits, alors que les fleurs aux longues corolles, telle la vesce, peuvent procurer de la nourriture aux papillons et bourdons. Les plantes qui fleurissent les unes après les autres peuvent procurer du nectar et du pollen sur une longue période de temps.

La gestion de l’insectarium
Le défi consiste à soutirer les meilleurs bénéfices des plantes de l’insectarium sans occasionner  des coûts significatifs (p.ex., la concurrence avec les cultures, la hausse des nuisibles). Pour prévenir la montée en graines des plantes de l’insectarium ou pour encourager la migration des prédateurs, vous pouvez fauchez les plantes.  Par exemple, les pissenlits en fleurs constituent une excellente source de pollen et de nectar. Une fois fauchés, les insectes bénéfiques se déplacent vers les cultures avoisinantes. Les faucheuses à barre de coupe heurtent moins les insectes bénéfiques que les débroussailleuses et faucheuses rotatives.

Si l’insectarium devient un refuge pour les nuisibles ou fait concurrence aux cultures, vous pouvez le faucher ou le labourer pour l’enfouir. En diversifiant les plantes, le calendrier de fauchage ou de labour des différentes bandes, vous pouvez maintenir simultanément les plantes à divers stades de croissance. Cela vous permet d’avoir des plantes fleurissantes tout au long de la saison sans même les laisser monter en graine.

Il importe de ne pas trop fertiliser les bandes. Des niveaux élevés d’azote engendreront une plus grande croissance végétale et différeront le fleurissement, qui est le stade le plus intéressant. Aussi, si les plantes ou les mélanges de votre insectarium contiennent des légumineuses, un niveau peu élevé d’azote dans le sol stimulera la fixation d’azote.

Créer des insectariums sur votre ferme peut être aussi simple que d’éviter de faucher les zones entourant votre champ. Ou bien, vous pouvez développer un système complexe de paillis vivants et de cultures à fleurs plantées et fauchées successivement. De toute façon, les plantes d’insectarium peuvent jouer un rôle important dans la gestion des nuisibles.

Plantes d’insectarium
Légumineuses (p.ex., luzerne, vesce, féveroles à petites graines, trèfle)
En plus de fixer l’azote, les légumineuses à fleurs fournissent de la nourriture aux pollinisateurs, prédateurs et parasitoïdes. Le trèfle et la luzerne, en particulier, attirent les pollinisateurs et les prédateurs tels que les carabes  et les Géocorinae, qui s’attaquent aux autres bestioles, altises, tétranyques, œufs des insectes et petites chenilles.

Brassicas (p.ex., moutarde, radis cultivé, alysson)
Les plantes de la famille de la moutarde peuvent fleurir du printemps jusqu’à tard en automne. Les fleurs fournissent de la nourriture aux prédateurs et parasitoïdes, tels que les braconides, qui parasitent les noctuelles ponctuées,  chenilles du chou, charançon du maïs, larves des coléoptères, mouches et pucerons.

Ombellifères (p.ex.  carotte sauvage, persil, panais sauvage, coriandre, aneth)
Les fleurs de la famille de la carotte sont particulièrement attirantes pour les parasitoïdes. Des bandes d’aneth et de coriandre peuvent mener à la hausse de prédation du doryphore de la pomme de terre.

La famille des asters (p.ex., achillée millefeuille, tanaisie, tournesol, solidage, échinacée, coréopsis, cosmos)
Ces fleurs cultivées et sauvages fournissent un habitat pour plusieurs insectes bénéfiques, incluant la punaise anthocoride, qui s’attaque aux thrips, tétranyques, cicadelles, vers de l’épi du maïs, petites chenilles et plusieurs autres nuisibles.

Sarrasin
Le sarrasin attire les prédateurs et est une source de nourriture importante pour les pollinisateurs et les parasitoïdes. Il contrôle aussi les mauvaises herbes et améliore le sol. Le sarrasin peut mener à davantage de parasitisme des nuisibles dans les vergers et à une plus grande prédation des thrips et cicadelles dans les vignobles.

Phacélies
Les phacélies ont une longue période de floraison et constituent un excellent choix pour attirer les pollinisateurs. Comme le sarrasin, elles contrôlent les mauvaises herbes, améliorent le sol et ne s’apparentent pas aux autres cultures. Les phacélies stimulent les activités des pollinisateurs et éristales.

 

 


Cet article a été rédigé par Janet Wallace pour le CABC grâce au soutien financier de la Grappe scientifique biologique du Canada (une partie de l’Initiative de grappes agro-scientifiques canadiennes du Cadre stratégique Cultivons l’avenir d’Agriculture et agroalimentaire Canada. La Grappe scientifique biologique est le fruit du travail de coopération accompli conjointement par le CABC, la Fédération biologique du Canada et les partenaires de l’industrie.


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Affiché en avril 2012

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