
Les agriculteurs collaborent en vue d’obtenir un prix équitable
par Frances Willick
La plupart des agriculteurs savent bien qu’à plusieurs mains,
l’ouvrage avance. Que ce soit pour la fenaison, le binage ou la
récolte, plusieurs mains à la pâte allègent
la tâche et rendent le travail plus efficace. Toutefois, certains
agriculteurs étendent maintenant cette notion aux autres aspects
de leur exploitation, notamment la transformation, la distribution et
la commercialisation.
Ted Zettel est un producteur de céréales de Chepstow, en
Ontario, et l’un des fondateurs de la coopérative d’agriculteurs
biologiques OntarBio. Il occupe le poste de président de l’entreprise
Les Prés bio, l’étiquette sous laquelle les produits
biologiques des agriculteurs d’OntarBio sont vendus.
OntarBio a vu le jour en 1989 grâce à un groupe de producteurs
de céréales biologiques qui se sont associés pour
faire l’acquisition d’un silo-élévateur en cessation
d’activité. Ils ont commencé à commercialiser
leurs céréales en puisant dans leurs fonds communs et le
produit des ventes. La régie de l’entreprise s’est
faite de façon bénévole et, selon Zettel, il a fallu
y mettre beaucoup de temps et d’énergie. Ce n’est qu’en
1995 que la coopérative a vraiment commencé à croître
et à prospérer, et c’est à cette époque
que Les Prés bio a élargi ses activités aux produits
laitiers.
« Cela a véritablement changé l’orientation
de la coopérative », affirme Zettel. « Dans le secteur
des céréales, la vente des produits ne se fait qu’une
fois l’an et les producteurs ont tendance à faire le tour
du marché pour trouver des acheteurs. Ce n’est pas le cas
dans l’industrie des produits laitiers, où le lait doit sortir
tous les jours ou aux deux jours, c’est-à-dire qu’il
faut assurer un approvisionnement soutenu de la production engagée.
»
L’engagement des producteurs est une pierre angulaire de toute
coopérative. Les membres doivent être disposés à
accepter de faire face aux défis de travailler ensemble pour récolter
les fruits de leur labeur. Cela signifie que nous devons collaborer avec
des personnes de divers tempéraments et maintenir une vision souple
de l’avenir de la coopérative. Zettel se rappelle qu’en
cours de route, OntarBio a perdu certains de ses premiers membres dont
les sentiments allaient à l’encontre des affaires et n’allaient
pas de pair avec les stratégies de commercialisation de plus en
plus traditionnelles de la coopérative. « Finalement, nous
étions réduits à interrompre notre croissance ou
à continuer notre expansion en suivant le modèle de commercialisation
d’entreprise. Nous avions déjà saturé le marché
des aliments de santé naturels avec seulement huit ou neuf fermes
laitières. »
Le groupe a donc décidé de commencer à vendre des
produits laitiers et des œufs biologiques aux magasins Loblaws. En
garnissant les tablettes des supermarchés du pays avec une marque
nationale, les producteurs d’OntarBio se sont assurés plus
de moyens de négociation et plus de contrôle sur les prix.
La coopérative établit ses prix au moyen d’un processus
de négociation, de recherche et d’analyse. « Les agriculteurs
établissent ensemble le prix qui, selon eux, leur permettra d’exploiter
de façon rentable », explique Zettel.
Les nouveaux membres d’OntarBio doivent payer des frais initiaux
à la coopérative et, en échange, la coopérative
garantit qu’elle vendra tous les produits de l’agriculteur.
Même aujourd’hui, avec les dizaines de fermes associées
à la coopérative, la demande pour les produits Les Pré
bio dépasse l’offre.
L’un des plus grands avantages de la mise en marché collective
est qu’elle permet aux agriculteurs de continuer à faire
ce qu’ils font de mieux, soit l’agriculture. « Au moins
90 % des agriculteurs ne veulent ou ne peuvent s’occuper de transformation
ou de commercialisation. Ils désirent plutôt s'adonner à
des activités agricoles », déclare Zettel. «
Tout ce que je voulais, c’était de traire mes vaches, et
j’étais heureux lorsque le camion venait chercher leur lait!
» L’établissement de partenariats a permis aux agriculteurs
d’OntarBio de recruter les experts en transformation et en marketing
dont ils avaient besoin.
L’autre grand avantage de la vente coopérative est que les
agriculteurs se partagent le marché. « La concurrence entraîne
la baisse des prix; c’est l’une des règles fondamentales
des marchés. Si chacun de nous mettions au point un produit et
les mettions sur les tablettes les uns à côté des
autres, alors qui y gagnerait? », demande Zettel. « Une grosse
entité commerciale qui n’a aucune loyauté envers les
agriculteurs. Je souhaite que tous les agriculteurs se réunissent
et disent qu’ils ne se feront plus concurrence et qu’ils travailleront
ensemble en vue d’obtenir un prix équitable. »
Zettel remarque que la planification minutieuse est indispensable à
l’établissement d’une coopérative rentable.
« Il faut avoir un plan d’affaires, respecter les principes
commerciaux, équilibrer les comptes, et disposer d’un expert
financier. »
Il souligne également l’importance que les produits de choix
ont sur la réussite. Les principes fondamentaux d’une bonne
mise en marché s’appliquent toujours – vous devez cibler
votre clientèle, mettre au point le produit qu’elle recherche,
le mettre dans un bon emballage, et offrir un bon produit. Nous devons
faire les choses aussi bien que les autres. Il n’est pas dit que
vous aurez du succès avec vos produits juste parce qu’ils
sont biologiques. »
Frances Willick est conseillère au Centre d’agriculture
biologique du Canada. Si vous avez des commentaires ou des questions,
veuillez téléphoner au 902-893-7256 ou nous les faire parvenir
par courrier électronique à oacc@nsac.ca.
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Mars 2007
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